Cancale Live

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INTERVIEW : BOB’S NOT DEAD
Quand Renaud rencontre les Béru’

Crête de couleur, Doc Martens aux pieds, blouson de cuir et parfois même kilt, Bob’s not dead c’est d’abord un look punk assumé. Pourtant, musicalement il emprunte autant à Renaud et Brassens qu’aux Béruriers Noir. À la fois chanson et rock, acoustique et électrique, sa musique réserve aux textes une place de choix. Seul sur scène, il chante avec simplicité ces instants de vies, accompagné de Paulette – sa boîte à rythmes – et de ses guitares. Rencontre avec un poète sans fard.

Tu as commencé par chanter dans la rue en 2006, puis dans les bars et maintenant sur scène… Tu préfères jouer où ?
La rue, j’ai arrêté. Ça fait un bail que j’ai pas joué dehors. Depuis que j’ai changé de tourneur en 2015, je fais beaucoup plus de festivals et de salles, que de bars. Y’a des festivals où c’est super parce qu’il y a une grande scène, du gros son, et s’il y a du monde tant mieux, ça apporte plein d’énergie. En même temps, dans un bar, tu as une relation beaucoup plus directe avec le public, t’es au milieu de tout le monde. C’est pour ça qu’on se démerde toujours pour caler des dates dans des petits bars.

Tu as sorti 4 albums depuis 2010…
Euh, je sais pas trop. J’ai fait un live en 2009 qui nous servait surtout de carte de visite pour commencer à tourner. En 2013, on a sorti le premier album studio. On a ensuite pressé un vinyle à 500 exemplaires d’un live sur un festival breton où deux musiciens m’accompagnaient. Il y a 6 titres dessus, c’est un hors série. Et l’année dernière j’ai sorti J’y pense, le deuxième album studio.

Il y a une nette évolution entre le premier album studio et le deuxième, avec des passages où tu es beaucoup plus grave, où tu parles de choses intimes parfois politiques… C’est le cap de la trentaine ?
Le deuxième album regroupe des morceaux plutôt récents alors que sur Rock’n Roll Vespa, certains ont été écrits dix ans plus tôt. Le premier est plus léger, le second est plus noir ou en tout cas moins marrant. Mais forcément, j’ai pris dix ans dans la gueule entre les chansons, voire quinze !

Le morceau acoustique “Au détour d’un troquet” par exemple est très touchant…
C’est un de mes morceaux préférés de l’album, je trouve que c’est une belle chanson d’amour.  J’ai essayé de foutre toute mon intention dedans. J’écris ce qu’il m’arrive, ce que je pense et ce qui me touche…

En parlant de ton vécu simplement, est-ce que tu réalises que ton discours est universel ?
Je m’en rends compte parce que les gens m’en parlent mais ça reste mes chansons et mon histoire. Cela dit, je pense avoir à peu près la même vie que tout le monde donc forcément ça peut évoquer des choses à d’autres. En tout cas quand j’écris, être universel n’est pas mon intention.

Il y a ce côté très électrique mais aussi acoustique, passant du rock à la chanson. Est-ce que cette ambivalence qu’on retrouve dans ta musique est un trait de personnalité ?
Rires. Oui c’est un peu ça. Et puis, ça vient aussi des influences. Certains morceaux méritent d’être à nus avec le minimum musical derrière, pour laisser de la place au texte. Et puis il y a ceux, plus énervés où j’envoie la boîte à rythmes et la guitare électrique. Tout dépend des textes.

Les textes t’inspirent une musique ou c’est l’inverse ?
La plupart du temps, ça commence avec le texte, sachant que je ne suis pas musicien non plus. Je ne me considère pas comme un vrai guitariste, je joue dans le seul but de m’accompagner.

Pourquoi ce choix de te produire seul ?
Les chansons que j’écris sont très personnelles donc je trouve ça compliqué de les faire jouer à quelqu’un sur scène.  Par contre, j’aime inviter des musiciens à enregistrer avec moi quand je suis en studio. À ce moment là, on a le temps de faire ça joli. Parce que quand t’écoute un Cd en bagnole ou à la maison, il faut que ce soit un peu plus gonflé niveau son. Sur scène, je pense que si j’avais quelqu’un avec moi, j’aurais moins cette complicité avec le public. Le fait d’être seul me permet d’échanger beaucoup avec les gens.

Tu as monté ton label Cacahuète Prod aussi ?
Oui, j’ai créé l’asso Cacahuète Prod pour pouvoir tout gérer de plus près. J’avais envie de foutre les doigts dedans et de m’en occuper personnellement. Je me démerde seul, mais il y a toujours quelqu’un qui me file la main comme ma femme, qui m’aide et me conseille depuis des années. Peut être que ça a pas le même impact que si on bossait avec une vraie structure mais je suis content de le faire tout seul. Si ça marche, tant mieux et si ça ne marche pas, je ne peux m’en prendre qu’à moi même.

Dans le morceau “Délit de sale gueule”, j’imagine que tu parles de ton expérience aussi. C’est quelque chose de quotidien quand on a une crête sur la tête ?
Là, ça va un peu mieux parce que je me suis rasé la tronche, j’ai plus qu’une moitié de crête… Mais  ça a été le cas pendant des années. J’avais un vieux camion au début et je me faisais arrêté au moins une fois par week end, quand c’était pas deux ou trois fois. Entre la tronche et le camion ça passait pas, quoi ! Je n’ai rien à me reprocher et je m’en fous, mais quand même, tu perds du temps parce qu’ils ont décidé que t’avais une sale tête…

Bob’s not dead, c’est une référence au slogan Punk’s not dead ?
Oui, c’est ça et puis depuis tout petit, on m’appelle Bob donc j’ai simplement couplé les deux.

Mais alors justement, est-ce que le punk est mort en 2017 ?
Je crois que ça fait longtemps qu’il est mort même s’il y a toujours de bons groupes de punks. C’est un mouvement qui est né et qui a quasiment crevé aussi sec. C’est comme les babas, y’en a toujours mais ça n’a plus rien à voir…

On te compare à Renaud, Brassens, La Rue Ketanou, Bérurier Noir… De qui tu te sens proche ?
Renaud surtout, parce que j’en écoute tous les jours, mais aussi Brassens et les Béru’ que j’ai beaucoup écouté. J’adore cette vision très basique qu’ils ont des instrus avec l’utilisation d’une boîte à rythmes.

C’est pour ça que tu voyages avec Paulette, ta boîte à rythmes ?
Oui, et puis ça m’évite de trimballer un batteur qui prend énormément de place et avec qui il faut répéter. Elle est beaucoup plus facile à transporter, ne se trompe pas et n’est jamais malade !